Les étudiants en chirurgie dentaire et la loi anti-cadeau

Depuis 1993, la réglementation régissant les relations entre les industriels commercialisants des dispositifs médicaux et les professionnels de santé ne cesse de s’endurcir. Les nouveaux textes de la loi anti-cadeau seront applicables à partir du 1er octobre 2020.

 

Aucune distinction n’est faite entre les laboratoires pharmaceutiques et les industriels commercialisant des dispositifs médicaux. Or, un professionnel de la santé ayant des relations avec un laboratoire fabriquant des médicaments remboursés par la sécurité sociale n’est pas comparable à un chirurgien-dentiste ayant des relations avec un industriel fabriquant des fraises, des turbines, des logiciels de gestion de cabinet ou des gants en latex par exemple.

La loi anti-cadeau est nécessaire pour instaurer de l’ordre et du contrôle dans les relations entre les soignants et les industriels. Elle paraît cependant extrême et ne prend pas en compte les spécificités de certaines professions de santé. Pourquoi mettre au même rang “traitement contre le cancer” et “masque jetable” ? 

 

Les industriels acteurs de la formation des étudiants

Les industriels du monde de la dentisterie sont de réels protagonistes de la formation des étudiants en chirurgie dentaire. Que ce soit à la faculté ou dans le milieu associatif, les partenaires sont souvent amenés à réaliser en collaboration avec l’équipe pédagogique, des travaux pratiques, nécessaires à la formation du futur chirurgien-dentiste. Ils fournissent ainsi lors de ces TP le matériel nécessaire à l’apprentissage de la pratique pour les étudiants. Les coûts du matériel dentaire sont élevés et les facultés ne sont souvent pas en capacité d’acquérir ce qui est nécessaire pour former leurs étudiants. C’est pourquoi les relations partenariales avec ces industriels sont fondamentales à la formation des futurs chirurgiens-dentistes. 

Un futur praticien a besoin d’apprendre avec le même matériel qu’il utilisera en cabinet. Il est nécessaire de tester et comparer les différents types d’instruments et matériaux qui s’offrent à lui, dans l’objectif de conditionner sa future pratique. Aujourd’hui, la rencontre avec les industriels permet aux étudiants d’avoir une pratique variée, de tester de nombreuses techniques pendant leurs études, de parfaire leurs connaissances en terme d’innovation et d’outils qui améliorent la pratique de la chirurgie dentaire, même quand celles ci ne sont pas enseignées à la faculté ou utilisées en clinique dans les centres de soin. Ne plus permettre aux industriels de rencontrer les étudiants, c’est aussi les priver de l’opportunité de découvrir les dernières technologies, le matériel utilisé en cabinet libéral, la dentisterie de demain…

La situation des étudiants en chirurgie dentaire face aux industriels qui leur fournissent le matériel leur permettant d’exercer est très particulière et difficilement comparable avec celle des autres filières de santé.

Les associations locales des étudiants en chirurgie dentaire effectuent la triple mission de représentation des étudiants, services aux étudiants et animation de la faculté. Elles sont force de proposition au travers de nombreux projets de solidarité, d’innovation sociale et de prévention. Ces projets s’adressent non seulement aux étudiants de leurs facultés, mais également aux étudiants de leurs universités.

Ces associations étudiantes voient leurs subventions partenariales se réduire de plus en plus au fur et à mesure des années, en corrélation avec ce cadre juridique plus strict, mettant en péril leur fonctionnement et leur existence. 

 

Vers une augmentation des coûts pour les étudiants ?

Force est de constater que les études de chirurgie dentaire engendrent un certain coût pour les étudiants, en plus des frais d’inscription à l’université. Dans de nombreuses facultés, il est demandé aux étudiants de se procurer eux-mêmes le matériel pédagogique essentiel à leur formation, entre autres, celui nécessaire à réalisation de leurs travaux pratiques ou à leur exercice clinique. La moyenne nationale de ces frais s’élève à plus de 1 500 euros sur l’ensemble du cursus d’un étudiant.

 

Aujourd’hui, ce sont principalement les associations d’étudiants en chirurgie dentaire qui gèrent l’approvisionnement de ce matériel, et qui, grâce à leurs collaborations avec les partenaires, réussissent à obtenir un prix global maîtrisé du matériel pour les étudiants. Avec l’arrivée du futur décret sur le loi anti-cadeau, les étudiants craignent de perdre encore plus l’aide de leurs partenaires, ce qui pourrait compliquer leur formation. 

Qu’adviendra-t-il lorsque les associations étudiantes ne pourront plus du tout travailler avec ces mêmes partenaires qui leur fournissent le matériel ou leur apportent leur soutien économique ? Le coût des études pour un étudiant en chirurgie dentaire risque d’augmenter considérablement, certains ne seront sans doute alors plus à même de financer leur formation. Les inégalités s’accentueront davantage entre les étudiants, scénario inenvisageable pour l’UNECD.

Les associations d’étudiants en chirurgie dentaire parviendront-elles à survivre à ce changement de système ? L’UNECD ainsi que l’ensemble de ses associations adhérentes travaillent collectivement à la mise en place de solutions pour faire face à cette situation. Il est néanmoins certain que la potentielle disparition des associations d’étudiants en chirurgie dentaire et de leurs collaborations partenariales provoquerait une baisse de la qualité de formation des futurs chirurgiens-dentistes.

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